
Baromètre patient et E-santé en France en 2026 : entre adoption massive et fractures persistantes
Analyse complète du Baromètre Patient Doctoome
La santé numérique s’impose désormais comme un pilier structurant du système de soins français. Applications médicales, plateformes de prise de rendez-vous, dossiers patients numériques ou encore télémédecine : les outils de e-santé se sont progressivement intégrés dans le quotidien des Français.
Mais cette adoption est-elle réellement homogène ? Quels sont les usages, les freins et les perceptions des patients face à cette transformation digitale de la santé ?
Le Baromètre Patient exclusif de Doctoome, présentée le 27 janvier 2026 lors de l’événement Les Grandes Tendances de la e-santé, organisé par Jérôme Leleu, apporte des réponses précises et nuancées à ces questions clés.

Une adoption massive de la e-santé, désormais entrée dans les usages
Premier enseignement fort du baromètre : la santé numérique n’est plus marginale.
Sur les 1 850 répondants interrogés à l’échelle nationale, seuls 197 patients déclarent ne pas utiliser d’outils numériques en santé.

Autrement dit, plus de 9 Français sur 10 ont déjà intégré au moins un service numérique dans leur parcours de soins. Cette généralisation marque un tournant : la e-santé est passée du statut d’innovation à celui de nouveau standard.
Fréquence d’utilisation des outils numériques en santé : une fracture générationnelle atténuée
Si l’adoption est globale, la fréquence d’usage varie selon l’âge, le mode de vie et les besoins médicaux.
Les jeunes adultes : une e-santé mobile et instantanée

Chez les 18–34 ans, 49 % utilisent régulièrement la e-santé.
Ils privilégient :
- les applications mobiles de santé
- la rapidité d’accès aux soins
- des usages plus ponctuels mais très intégrés à leur smartphone
Les actifs, moteurs de la santé numérique
Les 35–54 ans apparaissent comme les utilisateurs les plus intensifs :
Le numérique est perçu comme un outil d’optimisation du quotidien, facilitant la gestion du temps et des démarches médicales
59 % déclarent un usage fréquent des outils numériques en santé

Les seniors : une adoption pragmatique

Contrairement aux idées reçues, les 55 ans et plus ne sont pas exclus du numérique :
- 43 % déclarent un usage fréquent
- 44 % un usage plus occasionnel
La e-santé devient pour eux un outil de suivi médical, particulièrement utile dans les parcours complexes ou chroniques.
Quels outils de e-santé sont réellement utilisés par les patients ?
Le Baromètre Patient Doctoome montre que les usages sont segmentés selon les profils de patients.
Mon Espace Santé : un outil clé pour les parcours médicaux complexes
Le service Mon Espace Santé répond avant tout à des besoins de centralisation et de suivi :
- 21 % d’utilisation chez les 55 ans et plus
- 20 % chez les patients atteints de maladies chroniques
Il est perçu comme un outil institutionnel, structurant mais encore peu valorisé chez les publics plus jeunes.
Applications de santé : l’outil favori des jeunes générations
Les applications mobiles de santé séduisent davantage les 18–34 ans (20 % d’usage) :
- suivi de données simples
- prévention
- bien-être et auto-monitoring
Plateformes de prise de rendez-vous médicaux : l’outil numéro un de la e-santé
Tous profils confondus, les plateformes de prise de rendez-vous en ligne dominent largement les usages.
- 47 % d’utilisation chez les 55 ans et plus
- 41,4 % chez les patients non malades
- 36 % chez les patients chroniques
Elles représentent aujourd’hui la porte d’entrée principale vers la santé numérique, car elles répondent à un besoin universel : simplifier l’accès aux soins.
Psychologie de la e-santé : entre confiance, curiosité et méfiance
Au-delà des usages, le baromètre met en lumière la dimension émotionnelle de la e-santé.

Les « connectés confiants »
Chez les patients à l’aise avec le numérique :
- 40 % expriment un sentiment de confiance
- 28 % de curiosité
Ce taux de confiance atteint 60 % chez les chefs d’entreprise, artisans et commerçants, révélant un lien fort entre autonomie professionnelle et acceptation du numérique.
Les patients réfractaires : des freins bien identifiés
À l’inverse, une méfiance élevée (50 %) est observée chez :
- les agriculteurs
- les employés
- les retraités
Les principaux freins à l’adoption de la e-santé sont :
- Le manque d’accompagnement (55 %)
- La sécurité et la confidentialité des données de santé (41 %)
- La fiabilité des technologies (25,7 %)

Fractures territoriales et sociales de la santé numérique
Présentée lors des Grandes Tendances de la e-santé, cette édition souligne une fracture encore marquée.
Zones urbaines vs zones rurales
- 30 % d’usage fréquent en zone urbaine
- 23 % seulement en zone rurale
Le principal frein identifié reste la qualité de la connexion Internet, encore inégale sur le territoire.

Professions les plus en difficulté face au numérique
Le sentiment d’exclusion numérique est particulièrement fort chez :
- 100 % des agriculteurs se déclarant peu à l’aise
- 63 % des ouvriers
- 60 % des retraités
Quels bénéfices les patients associent-ils à la e-santé ?
Les bénéfices perçus sont majoritairement administratifs, avant d’être médicaux :
- Gain de temps
- Simplification des démarches
- Accès facilité aux professionnels de santé
Les bénéfices cliniques (diagnostic, personnalisation, suivi thérapeutique) restent encore peu identifiés par le grand public.
Quel impact sur la relation patient-soignant ?
Chez les utilisateurs occasionnels :
- 38,4 % estiment que la e-santé n’a pas d’impact
- 36,4 % jugent qu’elle détériore la relation
- 25,3 % pensent qu’elle l’améliore
Cette perception négative est corrélée à :
- un sentiment de méfiance (41,5 %)
- une anxiété (11 %)
- un manque d’accompagnement (63 %)

Conclusion : vers une e-santé plus humaine et inclusive
Les enseignements du Baromètre Patient Doctoome, dévoilés le 27 janvier 2026 lors de l’événement organisé par Jérôme Leleu, sont clairs :
la technologie est là, mais l’accompagnement humain reste insuffisant.
Pour que la e-santé devienne un véritable levier de transformation du système de soins, elle devra :
- réduire les fractures territoriales et sociales
- renforcer la pédagogie
- évoluer d’outils administratifs vers de véritables partenaires de soin


