
Dépistage du cancer du sein : mythes, peurs et symptômes à surveiller selon le Dr Lenczner
Le cancer du sein est la pathologie la plus redoutée par de nombreuses femmes. Pourtant, il existe encore de nombreuses idées reçues et peurs qui retardent le dépistage et compliquent la prise en charge. Dans cette interview, le Dr Lenczner, radiologue spécialisée dans le dépistage du cancer du sein, exerçant à la clinique Hartmann, nous éclaire sur les comportements, symptômes et freins les plus fréquents chez les patientes.
La peur du dépistage : un frein majeur
La première idée reçue que le Dr Lenczner rencontre fréquemment est la peur de la mammographie. Beaucoup de femmes redoutent la douleur de l’examen, mais également les traitements potentiels qui pourraient suivre, comme la chimiothérapie ou la perte d’un sein.
« Les femmes mettent parfois la tête dans le sable et ne veulent pas affronter la réalité de peur d’avoir un traitement lourd derrière », explique le Dr Lenczner.
Cette appréhension peut entraîner une consultation tardive, retardant ainsi le diagnostic et augmentant le risque de traitements plus invasifs. Les progrès technologiques des dernières années ont pourtant rendu l’examen moins inconfortable.
Quels symptômes ne jamais ignorer ?
Contrairement à certaines idées reçues, le cancer du sein débutant est souvent indolore. La douleur n’est donc pas un indicateur fiable. Les signes cliniques à surveiller sont :
- Modification de la glande mammaire (volume, forme, consistance)
- Changement de la peau du sein (rétraction, aspect différent)
- Mamelon qui s’invagine alors qu’il était normalement saillant
« Toute modification de l’aspect ou du toucher de la glande mammaire doit alerter », précise le Dr Lenczner.
Ces symptômes peuvent sembler subtils, mais leur détection précoce permet des traitements moins lourds et plus efficaces.
Pourquoi les femmes consultent trop tard
Le retard de consultation est souvent lié à la peur du diagnostic et du traitement, mais également à des idées reçues sur la féminité et la sexualité. Le Dr Lenczner insiste :
« C’est la peur de l’examen, en particulier de la mammographie, qui bloque beaucoup de patientes. »
Il est essentiel de comprendre que la mammographie a beaucoup évolué : les techniques de compression sont plus douces et permettent un examen plus confortable. De plus, certaines patientes peuvent même participer elles-mêmes à la compression, ce qui rend l’expérience moins pénible.
Le bon moment pour commencer le dépistage
Selon le Dr Lenczner, il serait préférable de débuter la mammographie dès 40 ans. Actuellement, le dépistage organisé en France concerne les femmes de 50 à 74 ans.
« On voit que des cancers apparaissent de plus en plus tôt. Certains pays, comme l’Allemagne, réfléchissent déjà à un dépistage dès 40 ans », souligne-t-il.
Pour les femmes à haut risque génétique (mutations BRCA1, BRCA2, antécédents familiaux nombreux), le dépistage commence encore plus tôt et inclut mammographies, échographies et IRM annuelles.
L’importance de l’autopalpation
L’autopalpation n’est pas dépassée : elle permet à la patiente de connaître sa glande mammaire et de détecter de nouveaux nodules. Cependant, il ne faut pas la pratiquer quotidiennement :
- Idéalement tous les 15 jours ou une fois par mois
- Éviter la période juste avant les règles, lorsque les seins sont plus sensibles
« Faire l’autopalpation trop souvent est délétère : on ne remarque plus les changements subtils », explique le Dr Lenczner.
Quand consulter et quels examens réaliser ?
Les examens diagnostiques principaux sont :
- Mammographie : idéale pour détecter les micro-calcifications et les distorsions du tissu mammaire.
- Échographie : utile lorsque la glande est dense, souvent chez les femmes jeunes, pour visualiser les masses en contraste.
- IRM : réservée aux cas complexes ou aux femmes à haut risque, avec certaines limitations pour les patientes claustrophobes.
- Angiomammographie : alternative pour les patientes ne pouvant pas passer l’IRM (pacemaker, claustrophobie), avec injection de produit de contraste.
Chaque examen a ses avantages et ses limites. Le Dr Lenczner recommande une combinaison adaptée à chaque patiente pour un dépistage optimal.
L’annonce des résultats
Il est crucial de comprendre qu’une image suspecte n’est pas un diagnostic de cancer. Seul un prélèvement anatomopathologique permet de confirmer la présence ou non d’un cancer. Les résultats sont généralement disponibles 10 jours après le prélèvement.
- Pour les microbiopsies légères, c’est le médecin traitant ou le gynécologue qui communique le résultat.
- Pour les microbiopsies plus importantes, le Dr Lenczner remet les résultats directement au cabinet après une semaine à dix jours, et oriente la patiente si un traitement est nécessaire.
Dépistage précoce = traitements moins lourds
Le dépistage précoce permet non seulement de sauver des vies, mais également de réduire l’impact esthétique et fonctionnel des traitements :
- Tumorectomies plutôt que mastectomies
- Moins de recours à la chimiothérapie et à la radiothérapie lourde
« Plus on dépiste tôt, plus on trouve des petites lésions et plus les traitements sont légers », précise le Dr Lenczner.
Progrès récents en imagerie
Les progrès technologiques des cinq dernières années ont considérablement amélioré le dépistage :
- Compression plus douce lors de la mammographie
- Tomosynthèse 3D : rotation de l’appareil pour obtenir des images en différentes couches, réduisant les fausses détections
- Angiomammographie : alternative à l’IRM pour les patientes ne pouvant pas passer cet examen
Ces innovations permettent un diagnostic plus précis, moins invasif et plus confortable.
Le message clé du Dr Lenczner
Pour le Dr Lenczner, le meilleur geste de prévention n’est pas un geste sur soi mais un geste vis-à-vis des autres : parler du dépistage, encourager les proches à réaliser leur mammographie et sensibiliser la communauté.
« L’objectif est de sauver des vies et, si possible, de préserver le sein et la féminité en dépistant tôt », conclut-il.
FAQ – Dépistage et prévention du cancer du sein
1. À quel âge commencer la mammographie ?
Pour la population générale, à 40 ans si possible, et pour les femmes à haut risque génétique, plus tôt avec examens adaptés.
2. L’autopalpation est-elle utile ?
Oui, mais tous les 15 jours ou une fois par mois, jamais quotidiennement et pas juste avant les règles.
3. Quels symptômes doivent alerter ?
Tout changement de la glande mammaire, de la peau ou du mamelon, même sans douleur.
4. La mammographie est-elle douloureuse ?
Légèrement, mais les techniques de compression modernes la rendent plus confortable. Participer soi-même à la compression peut aider.
5. Peut-on dépister avec une prothèse mammaire ?
Oui, les prothèses sont conçues pour résister à la compression de la mammographie.
6. Quel examen confirmer un cancer ?
Seul un prélèvement anatomopathologique permet de confirmer le diagnostic.
7. Pourquoi combiner plusieurs examens ?
Chaque examen (mammographie, échographie, IRM) a ses forces et ses limites. La combinaison assure un diagnostic plus précis.


