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Cancer de la Prostate : Entretien Exclusif avec le Pr Aurel Messas, Urologue

Le cancer de la prostate est souvent entouré de peurs et d’idées reçues. Pour mieux comprendre cette maladie, ses traitements et les évolutions récentes, nous avons rencontré le Pr Aurel Messas, urologue et chirurgien de renom, exerçant à l’Hôpital Américain de Paris et à la Clinique de Turin dans le 16e arrondissement de Paris.

Dans cet entretien, le Pr Messas nous explique les avancées majeures dans le diagnostic et le traitement du cancer de la prostate, notamment la surveillance active, le traitement focal et les innovations en chirurgie et radiothérapie. Il aborde également la question sensible de la sexualité après un cancer de la prostate et partage des conseils surprenants pour réduire le risque de développer cette maladie.


Mieux comprendre le cancer de la prostate

Selon le Pr Messas, les connaissances sur le cancer de la prostate ont beaucoup évolué ces vingt dernières années. Il explique que 30 % des cancers diagnostiqués sont de faible agressivité, ce qui signifie qu’ils progressent très lentement et ne nécessitent pas toujours un traitement immédiat.

« La plus belle découverte, à mon sens, c’est que certains cancers de prostate ne méritent aucun traitement. Nous pratiquons ce que l’on appelle la surveillance active, en réalisant des contrôles réguliers et parfois des biopsies supplémentaires. Dans ces cas, le patient n’est pas traité, mais suivi de près, » précise le Pr Messas.

La communication avec le patient est essentielle, notamment pour gérer l’anxiété qui peut survenir au moment du diagnostic ou lors des examens comme l’IRM ou la biopsie.


Surveillance active : quand ne pas traiter un cancer de prostate

La surveillance active est une approche révolutionnaire pour les cancers de faible agressivité. L’objectif est de suivre le patient sans intervention immédiate, afin d’éviter des traitements invasifs inutiles.

Le professeur insiste sur le fait que cette approche ne provoque pas de troubles de l’érection chez les patients, contrairement aux idées reçues. La sexualité n’est affectée que lorsque l’on commence des interventions médicales autour de la prostate, et non dès le diagnostic.


Traitement focal : cibler sans détruire

Pour les cancers plus localisés mais nécessitant une intervention, le traitement focal représente une avancée majeure. Inspiré des évolutions du traitement du cancer du sein, ce traitement consiste à détruire uniquement le module cancéreux de la prostate, laissant le reste intact.

« Sur une grosse prostate, s’il y a une maladie dans un petit module de 5 mm, on peut détruire uniquement ce module et laisser la prostate intacte. La sexualité reste quasiment inchangée, » explique le Pr Messas.

Il précise toutefois que le traitement focal n’est pas adapté à tous les patients. Il répond à des critères stricts et s’inscrit souvent dans le cadre d’études cliniques.


Progrès en chirurgie et radiothérapie

Pour les cancers plus agressifs, la chirurgie et la radiothérapie ont considérablement évolué :

  1. Chirurgie robotique : Grâce à la précision des robots, le chirurgien peut mieux conserver les structures responsables de l’érection, améliorant ainsi les résultats sexuels post-opératoires.
  2. Radiothérapie stéréotaxique : Cette technique permet de suivre la prostate en temps réel et de réduire l’impact sur les tissus sains, minimisant les effets secondaires sur la sexualité.

Le Pr Messas souligne néanmoins que même avec ces techniques, certains effets secondaires restent possibles. L’accompagnement post-traitement est essentiel pour maintenir la fonction sexuelle.


Sexualité après traitement : que peut-on espérer ?

Le professeur insiste sur le fait que la récupération de l’érection après traitement est multifactorielle. Elle dépend de l’âge, de l’activité sexuelle antérieure et de la motivation du patient.

Après traitement focal

  • Les patients peuvent généralement retrouver leur sexualité environ 15 jours après l’intervention, sans besoin de médicament.

Après chirurgie ou radiothérapie

  • La récupération peut varier de 1 mois à 20 mois.
  • Durant cette période, un accompagnement pharmacologique peut être nécessaire pour stimuler l’érection et éviter la détérioration des tissus.
  • À long terme, la plupart des patients peuvent retrouver une sexualité satisfaisante, soit spontanément, soit grâce à des traitements adaptés (comprimés, gels, injections ou implants).

Conseils surprenants du Pr Messas pour prévenir le cancer de la prostate

Le Pr Messas évoque un point souvent méconnu : la fréquence des éjaculations.

« Une étude a montré que plus de 14 éjaculations par mois peuvent réduire le risque relatif de cancer de prostate par trois. En d’autres termes, l’activité sexuelle régulière est bénéfique pour la santé de la prostate. »

Ce conseil, un peu décalé, souligne l’importance d’un fonctionnement régulier de l’organe pour sa santé à long terme.


Les grandes leçons de l’entretien avec le Pr Messas

  1. Tous les cancers de la prostate ne nécessitent pas un traitement immédiat. La surveillance active est une option sûre pour les cancers peu agressifs.
  2. Le traitement focal permet de cibler uniquement la zone malade, réduisant les effets secondaires et préservant la sexualité.
  3. Chirurgie et radiothérapie ont fait d’énormes progrès, notamment grâce aux techniques robotisées et à la radiothérapie stéréotaxique.
  4. La récupération sexuelle post-traitement est possible grâce à un suivi adapté et, si nécessaire, à un soutien pharmacologique.
  5. Prévenir le cancer passe aussi par l’activité sexuelle régulière, ce qui peut réduire le risque significativement.

FAQ : Cancer de la prostate et sexualité

Q1 : Tous les cancers de la prostate nécessitent-ils un traitement ?
R : Non. Environ 30 % des cancers sont de faible agressivité et peuvent être suivis sans traitement grâce à la surveillance active.

Q2 : Qu’est-ce que le traitement focal ?
R : C’est une technique qui cible uniquement la partie de la prostate atteinte par le cancer, préservant le reste de l’organe et limitant les effets secondaires sur la sexualité.

Q3 : La chirurgie robotique est-elle obligatoire pour traiter la prostate ?
R : Non, mais elle améliore la précision et permet de mieux préserver les structures responsables de l’érection.

Q4 : Combien de temps faut-il pour récupérer la fonction sexuelle après un traitement de la prostate ?
R : La récupération varie de 1 mois à 20 mois selon le type de traitement, l’âge et l’état initial du patient. Un suivi pharmacologique peut être nécessaire.

Q5 : Existe-t-il des moyens naturels de réduire le risque de cancer de la prostate ?
R : L’activité sexuelle régulière (plus de 14 éjaculations par mois) semble réduire le risque de cancer. Une alimentation équilibrée et un mode de vie sain sont également recommandés.

Q6 : Le traitement focal est-il adapté à tous les patients ?
R : Non. Il est réservé aux cancers focaux répondant à des critères stricts et est souvent réalisé dans le cadre d’études cliniques.


Le Pr Aurel Messas nous montre que la prise en charge du cancer de la prostate a radicalement changé ces dernières années. Entre surveillance active, traitement ciblé et innovations thérapeutiques, les hommes peuvent aujourd’hui bénéficier de traitements efficaces tout en préservant leur qualité de vie et leur sexualité.

Voir aussi notre article sur Movember : https://www.doctoome.com/blog/cancer-prostate-cancers-masculins-guide/

Alice, rédactrice médicale et experte des thématiques de santé sur les maladies chroniques tels que : les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète, la dépression chronique ou encore l’obésité. une source fiable en termes de soins et de bien-être pour le patient.

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