
Consultation urologique et prévention : le point de vue du Pr Aurel Messas
Le Pr Aurel Messas, chirurgien urologue renommé, exerçant à la clinique de Turin, revient pour nous sur des aspects souvent méconnus de la santé masculine : la consultation urologique, les troubles sexuels et urinaires, et l’importance du dépistage précoce.
Dans cette deuxième partie de l’interview, il souligne l’appréhension des hommes à consulter, la distinction entre troubles psychogéniques et organiques, les symptômes d’alerte liés à la prostate, et le rôle du dépistage dans la prévention des complications graves.
L’appréhension masculine face à l’urologue
Le Pr Messas constate une certaine peur des hommes lorsqu’il s’agit de consulter un urologue. Beaucoup craignent que la consultation menace leur sexualité ou leur confort urinaire, notamment leur capacité à éjaculer ou à éviter l’incontinence.
« Cette fausse croyance peut retarder la consultation et aggraver les troubles existants. Il est crucial de dépasser cette appréhension pour préserver sa santé, » insiste-t-il.
Cette crainte est d’autant plus dommageable que la plupart des troubles sexuels avant 40 ans sont d’origine psychologique et non organique.
Troubles sexuels : psychogène ou organique ?
Le Pr Messas explique que les troubles de l’érection évoluent selon l’âge et le contexte métabolique :
- Avant 40 ans : quasi exclusivement psychogéniques.
- Autour de la cinquantaine : peuvent être d’origine psychologique mais aussi liée au terrain métabolique, notamment chez les patients en surpoids, diabétiques, sédentaires ou gros fumeurs.
Identifier la cause
Quelques signes permettent de distinguer une origine psychologique d’une cause organique :
- Cause psychogénique : érections matinales présentes, masturbation possible, mais difficultés dans la relation avec un partenaire.
- Cause organique : absence d’érections dans toutes les situations, ni matinales, ni en masturbation, ni avec un partenaire.
Le professeur souligne l’importance de consulter rapidement, même pour un trouble partiellement organique, afin d’éviter une aggravation psychogène secondaire. Les troubles sexuels peuvent générer :
- Conflits dans le couple
- Perte d’estime de soi
- Anxiété anticipatrice qui perturbe l’érection
Troubles de l’érection : un indicateur de santé globale
Le Pr Messas attire l’attention sur un point majeur : les artères de la verge sont plus fines que les artères coronaires, et les troubles érectiles peuvent être le premier signe d’artériopathie généralisée.
Ainsi, un patient consultant pour une dysfonction érectile peut parfois découvrir :
- Une atteinte coronarienne
- Une artère carotidienne partiellement bouchée
La consultation urologique devient donc un outil de dépistage global de la santé cardiovasculaire.
Symptômes urinaires : savoir reconnaître l’alerte
Les troubles urinaires sont classés en deux grandes catégories :
1. Troubles obstructifs
Ils traduisent souvent un obstacle mécanique à l’évacuation de l’urine, par exemple :
- Retard au démarrage de la miction
- Jet urinaire faible, interrompu puis repris
- Besoin de retourner aux toilettes après une première miction
Ces signes sont généralement associés à :
- Un rétrécissement urétral chez l’homme jeune
- Un adénome de prostate après 45 ans
« Ces symptômes s’installent insidieusement, et plus la consultation est tardive, moins les traitements seront efficaces ou préservateurs, » explique le Pr Messas.
2. Troubles irritatifs
Ils se manifestent par :
- Urinations fréquentes
- Réveils nocturnes
- Urgence mictionnelle intense (« syndrome de la clé dans la serrure »)
Ces symptômes sont souvent moins alarmants et peuvent avoir des causes non pathologiques, comme l’anxiété. Cependant, ils incitent plus facilement les patients à consulter.
L’importance du dépistage précoce
Pour le Pr Messas, le dépistage du cancer de la prostate reste crucial, même en l’absence de symptômes :
- À partir de 40 ans pour les hommes avec antécédents familiaux ou d’ethnie à risque (afro-américain, africain, antillais)
- À 45 ans pour les hommes sans facteur de risque particulier
« Le cancer de la prostate peut rester silencieux pendant de longues années. Tout homme devrait faire au moins un dépistage entre 45 et 50 ans, même sans symptômes, » souligne le Pr Messas.
Modalités pratiques
Le dépistage repose sur :
- Interrogatoire médical complet
- Prise de sang (dosage du PSA)
- Échographie et éventuellement IRM
- Le toucher rectal reste optionnel, selon le souhait du patient
L’objectif est d’informer le patient sur les avantages et limites du dépistage, afin qu’il prenne une décision éclairée.
Quand consulter l’urologue ?
Le Pr Messas recommande :
- Dès la cinquantaine, pour un rendez-vous annuel de suivi préventif
- Dès les premiers signes de trouble sexuel ou urinaire, surtout s’ils sont obstructifs ou persistants
- Pour un dépistage précoce du cancer de la prostate, même en l’absence de symptômes
Une consultation précoce permet de :
- Identifier rapidement les causes des troubles sexuels
- Détecter les anomalies urinaires avant qu’elles ne deviennent sévères
- Mettre en place des traitements moins invasifs et plus efficaces
FAQ : Troubles sexuels et urinaires
Q1 : Pourquoi les hommes hésitent-ils à consulter un urologue ?
R : Beaucoup craignent que la consultation affecte leur sexualité ou leur continence urinaire, ce qui est rarement le cas.
Q2 : Les troubles de l’érection avant 40 ans sont-ils organiques ?
R : Dans la majorité des cas, ils sont psychogéniques. Les causes organiques sont rares.
Q3 : Quels signes orientent vers une cause organique ?
R : Absence d’érections matinales, impossibilité de se masturber ou d’avoir une érection avec un partenaire.
Q4 : Les troubles de l’érection peuvent-ils révéler un problème cardiaque ?
R : Oui, ils peuvent être un signe précoce d’artériopathie générale, notamment coronarienne ou carotidienne.
Q5 : Quels sont les signes urinaires d’alerte ?
R : Jet urinaire faible ou interrompu, nécessité de pousser pour uriner, besoin de retourner aux toilettes peu après une miction.
Q6 : À quel âge faire le premier dépistage du cancer de la prostate ?
R : À 40 ans si facteurs de risque familiaux ou ethniques, et à 45 ans pour un homme sans facteur de risque.
Q7 : Le toucher rectal est-il obligatoire pour le dépistage ?
R : Non. La décision dépend du patient et du choix d’inclure ou non cet examen dans le suivi.
Le Pr Aurel Messas insiste sur une idée centrale : consulter tôt, prévenir plutôt que guérir, et considérer la santé urologique comme un indicateur global de santé masculine. Entre prévention, dépistage et suivi des troubles sexuels et urinaires, l’objectif est de préserver à la fois la fonction intime et la qualité de vie des patients.
Retrouvez notre article sur la santé masculine : https://www.doctoome.com/blog/cancer-prostate-cancers-masculins-guide/


