
Shigellose : symptômes, transmission et prise en charge
Article rédigé par l’équipe éditoriale Doctoome · Dernière mise à jour 25 juin 2026
Votre enfant présente une diarrhée avec du sang dans les selles et une forte fièvre ? Vous revenez de voyage et souffrez de crampes abdominales intenses accompagnées de selles glairo-sanglantes ? Ces symptômes impressionnants peuvent être le signe d’une shigellose, une infection digestive bactérienne particulièrement contagieuse.
La shigellose, aussi appelée dysenterie bacillaire, est une infection causée par la bactérie Shigella. Elle se transmet très facilement dans les collectivités comme les crèches et les écoles. Cette infection touche principalement les jeunes enfants, bien que les adultes puissent également être infectés.
Contrairement à une gastro-entérite virale classique, la shigellose provoque des symptômes plus sévères nécessitant une prise en charge médicale rapide. La présence de sang dans les selles et l’intensité de la fièvre constituent des signes d’alerte importants.
Cette infection, bien que généralement bénigne lorsqu’elle est correctement traitée, soulève de nombreuses questions. Comment la reconnaître avec certitude ? Combien de temps mon enfant doit-il rester à la maison ? Quelles mesures d’hygiène adopter pour protéger l’entourage et éviter la propagation ?
Dans cet article, vous découvrirez :
- Ce qu’est la shigellose et comment elle se transmet d’une personne à l’autre
- Les symptômes caractéristiques et les signes d’alerte nécessitant une consultation urgente
- Le parcours de soins, du diagnostic au traitement adapté
- Les mesures de prévention efficaces pour limiter la contagion en famille et en collectivité
Comprendre la shigellose : une infection bactérienne très contagieuse
Qu’est-ce que la shigellose ?
La shigellose est une infection intestinale aiguë provoquée par une bactérie du genre Shigella. Cette bactérie s’attaque spécifiquement à la muqueuse du côlon, c’est-à-dire la paroi du gros intestin.
L’infection provoque une inflammation importante et des lésions de la muqueuse intestinale. Ces lésions expliquent la présence caractéristique de sang et de glaires dans les selles, signe distinctif de cette maladie.
Il existe plusieurs espèces de Shigella, mais toutes provoquent des symptômes similaires. Les manifestations principales sont une diarrhée aiguë, une fièvre élevée et des douleurs abdominales intenses.
Le terme dysenterie bacillaire désigne cette même infection. On l’oppose à la dysenterie amibienne, causée par un parasite et non par une bactérie.
La période d’incubation est généralement courte, entre un et trois jours. Il s’agit du délai entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes.
Une personne infectée peut transmettre la bactérie dès l’apparition des symptômes. La contagiosité persiste jusqu’à plusieurs semaines après la guérison, même si les signes ont disparu.
Ce portage asymptomatique explique la difficulté à contrôler les épidémies en collectivité. Une personne peut transmettre la bactérie sans se savoir malade.
Comment se transmet la shigellose ?
La shigellose se transmet selon un mode oro-fécal. Cela signifie que la bactérie présente dans les selles d’une personne infectée contamine une personne saine par la bouche.
La contagiosité est extrêmement élevée : quelques dizaines de bactéries suffisent pour déclencher l’infection. Cette facilité de transmission explique les épidémies fréquentes en milieu collectif.
Les principales voies de transmission sont :
- Contact direct : mains souillées portées à la bouche après contact avec une personne malade, notamment lors du change de couche ou de l’aide aux toilettes
- Contact indirect : surfaces contaminées comme les poignées de porte, les jouets, les robinets ou les toilettes, touchées puis portage des mains à la bouche
- Aliments contaminés : manipulation d’aliments par une personne porteuse de la bactérie, ou consommation de crudités lavées avec une eau contaminée
- Eau contaminée : ingestion d’eau non potable ou baignade en eau souillée, situation rare en France métropolitaine
Les facteurs favorisant la transmission incluent :
- Collectivités d’enfants comme les crèches et les maternelles, où l’hygiène des mains est difficile à maintenir rigoureusement
- Voyages en zones où l’hygiène et l’assainissement sont précaires, notamment dans certains pays tropicaux
- Conditions de vie en promiscuité avec partage d’installations sanitaires
- Défaut d’hygiène des mains, notamment après passage aux toilettes ou avant de préparer les repas
- Immunodépression, c’est-à-dire des défenses immunitaires affaiblies par une maladie ou un traitement
Reconnaître les symptômes de la shigellose
Les signes caractéristiques de l’infection
La shigellose se manifeste par un tableau clinique assez typique. Ce tableau la distingue d’une gastro-entérite virale banale, plus fréquente mais généralement moins sévère.
Les symptômes apparaissent brutalement après une à trois jours d’incubation. L’installation rapide des signes est un élément caractéristique de cette infection bactérienne.
Les symptômes principaux sont :
- Diarrhée aiguë : selles liquides très fréquentes, pouvant atteindre dix à vingt fois par jour dans les formes sévères
- Présence de sang et de glaires dans les selles : aspect glairo-sanglant caractéristique du syndrome dysentérique, signe distinctif majeur
- Fièvre élevée : souvent supérieure à 38,5°C, pouvant atteindre 40°C chez certains patients
- Douleurs abdominales intenses : crampes, spasmes et sensation de torsion dans le ventre
- Ténesme : sensation douloureuse de besoin urgent d’aller à la selle, avec impression d’évacuation incomplète après le passage aux toilettes
- Nausées et vomissements : plus fréquents en début d’infection, ils peuvent compliquer la réhydratation
- Fatigue importante : asthénie marquée, sensation d’épuisement et faiblesse générale
Chez le jeune enfant et le nourrisson, les symptômes peuvent être plus sévères. Le risque de déshydratation rapide est particulièrement élevé dans cette tranche d’âge.
Quand consulter en urgence ? Les signes d’alerte
Certains signes doivent vous alerter et nécessitent une consultation médicale rapide. Dans certains cas, une prise en charge urgente s’impose pour éviter les complications.
Consultez rapidement un médecin si vous observez :
- Présence de sang dans les selles, même en petite quantité
- Fièvre supérieure à 38,5°C persistant au-delà de quelques heures
- Douleurs abdominales intenses ne cédant pas avec les mesures habituelles
- Diarrhée très fréquente, avec plus de six selles par jour
- Symptômes chez un nourrisson, un jeune enfant ou une personne âgée
- Retour récent de voyage en zone tropicale ou subtropicale
- Contexte d’épidémie signalée en collectivité
Consultez en urgence les services d’urgences ou contactez le SAMU si vous constatez :
- Signes de déshydratation sévère chez l’enfant : fontanelle creusée chez le nourrisson, yeux cernés, pli cutané persistant, absence de larmes lors des pleurs, somnolence inhabituelle, diminution importante des urines
- Signes de déshydratation chez l’adulte : soif intense, bouche très sèche, urines rares et foncées, vertiges en position debout, confusion mentale
- Impossibilité de boire ou de garder les liquides : vomissements incoercibles empêchant toute réhydratation par voie orale
- Altération importante de l’état général : prostration, troubles de la conscience, difficulté à réagir aux stimulations
- Convulsions : notamment chez l’enfant en cas de fièvre élevée mal contrôlée
- Sang abondant dans les selles : saignement important nécessitant une évaluation médicale immédiate
Face à une diarrhée sanglante accompagnée de fièvre, une consultation médicale rapide est indispensable pour confirmer le diagnostic. Pour trouver un médecin généraliste ou un pédiatre près de chez vous, consultez www.doctoome.com.
Diagnostic et traitement de la shigellose
Le parcours de diagnostic médical
Le diagnostic de shigellose repose sur l’examen clinique et la réalisation d’une coproculture. Cette analyse bactériologique des selles constitue l’examen de référence pour confirmer l’infection.
Lors de la consultation, le médecin généraliste ou le pédiatre interroge le patient sur plusieurs éléments. Il s’intéresse aux symptômes précis, à leur date d’apparition, aux éventuels cas similaires dans l’entourage et aux voyages récents.
La coproculture permet d’identifier formellement la bactérie responsable. Un échantillon de selles est prélevé et analysé en laboratoire pour identifier Shigella et déterminer sa sensibilité aux antibiotiques.
Les résultats sont généralement disponibles sous quarante-huit à soixante-douze heures. Cet examen est systématiquement prescrit en cas de diarrhée sanglante ou de suspicion d’infection bactérienne.
Dans certains cas, une hospitalisation peut être nécessaire. Elle concerne notamment les situations de déshydratation sévère, les nourrissons ou les personnes fragiles.
L’hospitalisation permet d’assurer une réhydratation par voie intraveineuse et une surveillance médicale rapprochée. La shigellose fait l’objet d’une surveillance épidémiologique, et les cas groupés en collectivité doivent être signalés aux autorités sanitaires.
Les options de traitement
Le traitement de la shigellose repose sur deux piliers essentiels : la réhydratation et, dans certains cas, les antibiotiques. Seul un médecin peut décider du traitement adapté à chaque situation particulière.
Réhydratation (traitement essentiel dans tous les cas) :
- Solutions de réhydratation orale (SRO) : à boire fréquemment par petites quantités tout au long de la journée, elles compensent les pertes en eau et en sels minéraux
- Eau, bouillons, tisanes : maintenir une hydratation régulière avec des boissons variées et bien tolérées
- Réhydratation intraveineuse : en milieu hospitalier si la déshydratation est sévère ou en cas de vomissements importants empêchant la voie orale
Traitement antibiotique (sur prescription médicale uniquement) :
- Prescrit selon la sévérité des symptômes, l’âge du patient et les résultats de la coproculture
- Permet de réduire la durée des symptômes et la période de contagiosité
- Le choix de l’antibiotique dépend des résistances bactériennes locales, variables selon les régions
- Durée généralement courte, adaptée par le médecin selon l’évolution clinique
Traitements symptomatiques :
- Antipyrétiques : pour réduire la fièvre et améliorer le confort, le paracétamol est généralement recommandé
- Antispasmodiques : pour soulager les crampes abdominales, uniquement sur avis médical
- Probiotiques : parfois recommandés pour restaurer la flore intestinale après l’infection
À éviter absolument :
- Anti-diarrhéiques ralentisseurs du transit comme le lopéramide : ils sont contre-indiqués car ils retiennent la bactérie dans l’intestin
- Automédication antibiotique sans avis médical : le choix de la molécule doit être adapté
Mesures d’hygiène et éviction
La prévention de la transmission est cruciale pour protéger l’entourage. Les mesures d’hygiène sont particulièrement importantes en collectivité pour éviter les épidémies.
Mesures d’hygiène à respecter strictement :
- Lavage des mains : systématique après passage aux toilettes, avant de manger, avant de préparer les repas, après change de couche. Utiliser eau et savon pendant trente secondes minimum en frottant toutes les surfaces.
- Désinfection des surfaces : nettoyer quotidiennement les toilettes, poignées de porte, robinets, interrupteurs et jouets avec un désinfectant ménager adapté.
- Linge contaminé : laver en machine à 60°C minimum les draps, serviettes et vêtements ayant été en contact avec la personne malade.
- Éviction scolaire ou professionnelle : maintien à domicile jusqu’à guérison complète et selon avis médical, généralement jusqu’à normalisation des selles.
- Isolement des personnes malades : utilisation de toilettes séparées si possible, serviettes de toilette personnelles, éviter le partage d’objets.
La prescription d’une coproculture et l’interprétation des résultats nécessitent un suivi médical approprié. Doctoome vous aide à localiser des professionnels de santé dans votre région pour un accompagnement adapté.
Prévenir la shigellose au quotidien
Les gestes barrières efficaces
La prévention de la shigellose repose essentiellement sur l’hygiène des mains. Ce geste simple constitue la mesure la plus efficace pour éviter la transmission de la bactérie.
Le lavage des mains doit être réalisé avec du savon et de l’eau, en frottant pendant au moins trente secondes. Les solutions hydro-alcooliques peuvent être utilisées en complément, mais ne remplacent pas le lavage à l’eau et au savon en cas de mains visiblement sales.
Moments clés pour se laver les mains :
- Après chaque passage aux toilettes, sans exception
- Avant de préparer les repas ou de manipuler des aliments
- Avant de manger ou de donner à manger à un enfant
- Après avoir changé une couche ou aidé un enfant aux toilettes
- Après avoir touché des surfaces potentiellement contaminées en collectivité
Précautions en voyage
Les voyages dans certaines régions du monde augmentent le risque d’exposition à la shigellose. Les zones où l’assainissement et l’accès à l’eau potable sont limités présentent un risque plus élevé.
Recommandations pour les voyageurs :
- Consommer uniquement de l’eau en bouteille capsulée ou de l’eau bouillie
- Éviter les glaçons dans les boissons, préparés avec de l’eau non contrôlée
- Privilégier les aliments cuits et consommés chauds
- Éviter les crudités, fruits non pelés et aliments vendus dans la rue
- Se laver les mains fréquemment, notamment avant chaque repas
- Éviter la baignade en eau douce dans les zones à risque
En cas de diarrhée sanglante pendant ou au retour d’un voyage, consultez rapidement un médecin. Signalez systématiquement votre destination récente lors de la consultation.
Protection en collectivité
Les collectivités d’enfants constituent des lieux à risque élevé de transmission. La mise en place de protocoles d’hygiène stricts permet de limiter les épidémies.
L’éviction temporaire des enfants malades est une mesure nécessaire pour protéger les autres. Elle doit être respectée jusqu’à guérison complète, selon les recommandations du médecin.
Les professionnels de la petite enfance jouent un rôle essentiel dans la prévention. Ils doivent être particulièrement vigilants lors du change des couches et de la préparation des repas.
FAQ : vos questions sur la shigellose
Combien de temps mon enfant doit-il rester à la maison ?
L’éviction de la collectivité est généralement recommandée jusqu’à la disparition complète des symptômes, notamment la diarrhée. Votre médecin peut demander une coproculture de contrôle négative avant le retour en crèche ou à l’école.
La durée varie selon les cas, mais compte généralement plusieurs jours à quelques semaines. Le médecin vous indiquera précisément quand votre enfant pourra reprendre ses activités en collectivité.
Peut-on attraper la shigellose plusieurs fois ?
Oui, il est possible de contracter une shigellose à plusieurs reprises au cours de la vie. L’immunité acquise après une infection est spécifique à l’espèce de Shigella responsable et n’est pas définitive.
Une bonne hygiène des mains reste la meilleure protection, même après avoir été malade. Les gestes barrières doivent être maintenus en permanence, particulièrement en période d’épidémie.
Quelle est la différence entre shigellose et intoxication alimentaire ?
L’intoxication alimentaire provoque généralement des symptômes plus précoces, quelques heures après le repas incriminé. Elle se manifeste surtout par des vomissements importants, mais rarement par du sang dans les selles.
La shigellose se manifeste après un à trois jours d’incubation, avec une diarrhée sanglante caractéristique et une fièvre élevée. Seule une coproculture permet de confirmer le diagnostic avec certitude.
Faut-il désinfecter toute la maison en cas de shigellose ?
Il n’est pas nécessaire de désinfecter l’intégralité de la maison. Concentrez-vous sur les zones à risque : toilettes, poignées de porte, robinets, interrupteurs et jouets manipulés par l’enfant malade.
Un nettoyage régulier avec un désinfectant ménager classique suffit pour les surfaces. Le lavage des mains reste la mesure la plus efficace pour prévenir la transmission.
Les antibiotiques sont-ils toujours nécessaires pour traiter la shigellose ?
Non, tous les cas ne nécessitent pas d’antibiotiques. Les formes légères peuvent guérir spontanément avec une bonne réhydratation et des mesures d’hygiène appropriées.
Le médecin décide au cas par cas selon la sévérité des symptômes, l’âge du patient et le contexte. L’antibiothérapie permet surtout de réduire la contagiosité et la durée des symptômes dans les formes plus sévères.
Peut-on se baigner à la piscine après une shigellose ?
La baignade en piscine publique doit être évitée jusqu’à guérison complète. Même après disparition des symptômes, la bactérie peut encore être présente dans les selles pendant plusieurs semaines.
Attendez l’accord de votre médecin avant de retourner à la piscine. Cette précaution protège les autres usagers d’une contamination possible.
La shigellose est-elle dangereuse pour les femmes enceintes ?
La shigellose peut être plus préoccupante chez la femme enceinte en raison du risque de déshydratation. Une déshydratation sévère peut avoir des conséquences sur la grossesse.
En cas de symptômes évocateurs pendant la grossesse, consultez rapidement votre médecin ou votre sage-femme. Une prise en charge adaptée permet généralement d’éviter les complications.
Conclusion
La shigellose est une infection intestinale bactérienne très contagieuse qui se manifeste principalement par une diarrhée sanglante et une fièvre élevée. Bien qu’impressionnante, cette infection se traite efficacement lorsqu’elle est prise en charge rapidement.
La reconnaissance précoce des symptômes permet une consultation médicale rapide et un traitement adapté. La réhydratation constitue le pilier du traitement, parfois complétée par des antibiotiques selon la sévérité.
Les mesures d’hygiène, notamment le lavage rigoureux des mains, restent la meilleure prévention. L’éviction temporaire des collectivités protège l’entourage et limite la propagation de l’infection.
En cas de doute sur vos symptômes ou ceux de votre enfant, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Un diagnostic précoce facilite la prise en charge et réduit le risque de complications.
Sources
- Santé publique France
- Assurance Maladie (ameli.fr)
- Société Française de Pédiatrie
- Organisation Mondiale de la Santé
- Haute Autorité de Santé
Cet article a une vocation purement informative. Il ne se substitue pas à l’avis d’un professionnel de santé. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.


