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La crise des devoirs : comment mieux la gérer ?

La rentrée est passée, et avec elle, la reprise du rythme, et les devoirs. Cela s’accumule vite, et le stress monte chez votre enfant. Gérer les nouveaux profs, nouveaux copains, c’est aussi beaucoup d’émotions. Ajoutez à ça la fatigue du changement de rythme, et vous avez le cocktail parfait pour une bonne crise sur l’exercice de maths ou la leçon d’histoire incompréhensible !

Mathilde Dehame, psychologue depuis 15 ans, mixant les approches systémique (Palo Alto) et cognitive et comportementale.
Je vous aide à décrypter vos impasses relationnelles, développer vos compétences relationnelles et faire évoluer votre carte du monde pour mieux vivre avec vous-même et avec les autres ! Je vous accompagne dans vos relations personnelles ou professionnelles, pour les rendre plus sereines : couples, familles, managers, indépendants… les relations sont centrales dans nos vies mais nous sommes pourtant très doués pour nous les compliquer !

Si vous avez du mal à accepter que votre enfant ait un problème…

Avant tout si vous n’êtes pas à l’aise avec la reconnaissance du problème de votre enfant, il va peut-être vous paraître mineur. Ou vous pouvez avoir l’impression que votre enfant ne met pas de bonne volonté. Ou simplement, ne pas savoir comment faire vous est insupportable. Du coup, vous risquez de vous fâcher, ou essayer de le persuader que ce n’est pas si compliqué…

Le risque, c’est qu’en faisant ça vous lui renvoyez juste le message « débrouille-toi ». Le problème pour lui est bien réel, et là, son angoisse monte, évidemment : « déjà je n’y arrive pas, en plus on ne m’aide pas ! »


Les conséquences sont à 3 niveaux
:


1) Votre enfant va imprimer fortement ce souvenir parce qu’il est associé à la peur, et au manque de soutien. Notre cerveau fonctionnant par association, les devoirs vont à chaque fois réactiver ces émotions !

2) En ne reconnaissant pas son problème, vous lui communiquez le message qu’il n’est pas capable d’estimer lui-même quand il a un problème. Il ne saura donc plus quand il est bon ou pas de se fier à son ressenti … et va perdre confiance en lui. Il lui faudra de plus en plus une approbation extérieure pour être sûr qu’il fait correctement.

3) Il va également retenir qu’il ne peut pas compter sur vous, et aura plus de mal à l’avenir à vous parler de ses soucis. Pourtant, à l’adolescence, c’est bien utile d’avoir construit la confiance dans la relation avec son enfant !

Si vous reconnaissez qu’il a un problème, mais que vous ne le supportez pas…

En outre vous risquez d’être tenté de « l’aider », jusqu’au point de faire à sa place.

Cela peut être tentant, d’autant plus si cela commence à devenir un cercle vicieux auquel votre enfant s’est habitué : « je te demande, tu fais pour moi. Pourquoi je me fatiguerais, c’est plus simple de demander. En plus, ça commence à paraître de plus en plus compliqué pour moi, de faire tout seul… et j’insiste de plus en plus. Même si tu commences à te rendre compte que ce n’est pas une bonne idée. Je me mets en colère, au final tu m’aides, alors.. j’apprends que la colère m’est utile à obtenir de l’aide. »

Cette attitude, productive sur l’instant ne l’est évidemment pas tellement à long terme, puisque vous allez être bloqué·e dans ce fonctionnement. De plus cela lui envoie le message “tu n’es pas capable de faire tout seul”…

C’était dans une bonne intention, mais cela va réduire sa confiance en lui.

Pourquoi il nous est difficile d’adopter une attitude adaptée ?

Le problème pour nous, c’est que ces modes de fonctionnement peuvent donner l’impression, sur le moment, d’être efficaces. Et évidemment, la fois prochaine nous risquons d’avoir tendance à recommencer, puisque cela a apparemment fonctionné sur l’instant.

En effet ce sont les conséquences les plus rapprochées dans le temps qui ont le plus d’impact sur notre comportement ! Déculpabilisez-vous : ce n’est pas que vous manquez de réflexion, de recul, etc… c’est juste humain. Et comme les attitudes plus adaptées demandent généralement plus de patience et de temps, sur l’instant, elles deviennent moins économiques en énergie pour nous.

Comment gérer la crise, quand elle survient ?

Apaiser, et accueillir les besoins de l’enfant grâce à l’écoute active sont les ingrédients essentiels. Pour trouver comment y répondre, ou a minima, nous aider à relativiser, et aider notre enfant à prendre un peu de recul sur son émotion.

Accueillir et satisfaire au mieux les besoins élémentaires

Quelle que soit votre vision de la réalité du problème auquel fait face votre enfant, pour être efficace, il faut dans un premier temps en faire abstraction et vous concentrer sur la sienne. Donc le rejoindre là où il est pour l’instant.

On va déjà vérifier si les pré-requis ordinaires pour avoir un cerveau capable de gérer les émotions sont là :

  • Premièrement : le repos ! est-il fatigué ? Parfois la fatigue nous tombe dessus d’un seul coup. On se sentait capable d’attaquer une action et en fait… tout demande un effort énorme. Il ne l’a peut-être même pas réalisé.
  • Deuxièmement : la faim ! En effet le cocktail fatigue + faim est imparable pour déclencher une bonne crise. Et cela même chez les plus grands. Tant l’action de la faim sur notre humeur est déterminante ! En effet il est impressionnant de voir à quel point une petite collation, ou l’arrivée du repas, change un petit démon qu’on ne reconnaît plus en notre petit ange normal adoré comme par magie en 5 minutes !!
  • Troisièmement : le réservoir émotionnel. Est-il… en état ? Est-ce qu’il s’est passé quelque chose à l’école ? Avec les profs, les copains/copines ? Reste-t’il quelque chose de pas digéré ? Un peu comme avec « l’effet nounou ». Vous savez, le relâchement de fin de journée avec grosses larmes dans vos bras quand il était petit ? Donc maintenant, c’est juste sous une autre forme. Et cela avant de réussir à évacuer toutes les tensions de la journée.

En d’autres termes soyez pro-actif·ve, à cet instant son cerveau est juste saturé de frustrations. En conséquence il n’arrive même plus à communiquer ses simples besoins, il faut aller les chercher.

Ne le harcelez pas de questions non plus, adaptez-vous au rythme de ce que votre enfant est capable de dire.

Soutenir et aider à faire descendre la pression

Des choses simples, parfois, comme un câlin (s’il l’accepte), boire un verre d’eau, respirer lentement, souffler, peuvent aider votre enfant. Pour changer d’humeur et reprendre petit à petit le contrôle de lui-même. Tant qu’elle l’aide à reprendre contact avec son environnement intérieur et extérieur, ici et maintenant.

Si rien ne fonctionne… parfois il faut juste attendre. Simplement déjà être là, ne pas lui en vouloir, le rassurer.. cela va bien finir par passer.

Identifier sa carte du monde

Une fois les besoins primaires reconnus, voire satisfaits, il devient un peu plus possible de discuter. Parfois, ce n’est pas nécessaire, mais il est important déjà d’avoir fait le tour.

Et pour cela la méthode de l’écoute active est très aidante. Pour rejoindre votre enfant dans son problème et l’aider à comprendre où il bloque. Le principe est d’être dans une réelle posture d’acceptation, de lui et de ses sentiments. Son problème est réel, grave pour lui à cet instant, mais pas insurmontable.

Cela nous demande de sortir de nos modes de réponse habituels aux problèmes. Comme donner des conseils, imposer (sans le vouloir) notre vision du problème, et d’être dans une disposition qui permet cette acceptation. S’il vous faut 5 min pour souffler, sortir de la pièce, marcher : prenez-les. Et revenez quand vous êtes prêt·e. Cela peut attendre 2 secondes, ça vaut mieux que mal gérer la crise.

En premier lieu, rejoindre l’enfant où il en est, c’est faire des hypothèses sur ce qu’il ressent. Personne ne le sait mieux que lui ! Même s’il a un peu de mal à l’exprimer. Alors on teste, on propose, et lorsque vous avez vu juste, vous obtenez un premier “oui”. Et généralement le reste des sentiments sort tout seul, parfois en un flot d’un seul coup. On comprend que c’était difficilement gérable vu la quantité !

Effectivement le dialogue redevient alors possible. Il faut donc toujours rester en mode ouvert, à l’écoute. Et se retenir de proposer une solution tout de suite. Souvent, écouter ainsi l’aide à comprendre son propre besoin. Et donc plus facilement imaginer une solution adaptée. Et cela, par lui-même ou avec votre aide. Le problème réel est parfois loin du sujet initial.

La prévention avec votre enfant et en agissant sur vous !

1. En outre identifier les contextes d’apparition des crises. Et donc chercher à éviter qu’ils se produisent (ex : combinaison faim + fatigue…) pour ceux sur lesquels il est possible d’agir.

2. Ensuite éviter de nourrir un cercle vicieux possible en répondant à une demande. Celle-ci vous enferme dans une solution qui ne vous convient pas, comme faire à sa place. Vous pouvez retenir la règle de ne pas répondre à une demande faite en colère.

3. Puis travailler sur les causes profondes, qui peuvent causer son stress face à ce devoir. Est-ce que la matière est plus difficile et il y a des fondamentaux à revoir. Y a t’il des notions incomprises, est-ce que le prof fait peur. Est-ce que c’est un manque de confiance en soi général ? La méditation : elle est très efficace pour mieux vivre dans le moment présent et mieux accepter les choses comme elles viennent… Il existe des programmes adaptés aux enfants, la sophrologie.

4. D’ailleurs les activités sportives ou loisirs aussi peuvent contribuer à un sentiment de mieux-être général, peut être aussi un autre domaine d’activité, sans pression, et qui redonne plus de confiance en soi.

La prévention en agissant sur vous !

En somme pour vous mettre dans la disposition adéquate pour répondre au mieux à la crise, vous avez besoin de vous doter de méthodes. Et aussi de remplir votre propre réservoir de patience !

De plus il existe beaucoup de ressources en parentalité positive, car les compétences parentales ne sont pas si intuitives que ce que l’on croit !  Vous vous sentirez moins démuni·e. Par conséquent vous aurez plus facilement recours aux techniques plus efficaces. Cela demande aussi une certaine évolution dans notre vision de l’enfant, par rapport à l’éducation que nous avons reçue !

Autrement dit pour augmenter votre réserve de patience, vous avez aussi besoin aussi de prendre soin de vos propres besoins. Donc prenez du temps pour vous. Cela demande du lâcher prise, et de l’organisation, laissez les autres vous aider ! Parfois travailler sur l’identification de vos émotions est bien utile pour apprendre à reconnaître vos besoins. Et ainsi les combler, et les communiquer mieux. Une fois votre propre réservoir émotionnel plein, il est nettement plus facile de supporter la crise. Et cela sans se laisser contaminer par l’état émotionnel de votre enfant : la colère, c’est contagieux, mais l’empathie aussi.


Pour en savoir plus : https://mathildedehame.fr

Et pour plus d’informations, n’hésitez pas à vous rapprocher d’un psychologue proche de chez vous !